Rio ne répond plus

Rio ne répond plus

Novembre 2016, Tokyo. Le Comité international olympique (CIO) dresse le bilan des Jeux d’été de Rio et son président, Thomas Bach, ne tempère pas son enthousiasme. «Ces Jeux ont été des Jeux merveilleux dans la Cité merveilleuse. Nous espérons que nous pourrons apporter l’inspiration et l’énergie dont nous avons été témoins au Brésil aux prochaines villes hôtes.» Message reçu par Tokyo, qui prépare l’édition 2020. «Nous mettrons pleinement à profit l’expérience de Rio et nous entamerons des préparatifs minutieux afin de garantir le succès des Jeux en 2020», lance la gouverneure Yuriko Koike. Alors maire de la ville brésilienne, Eduardo Paes en rajoute une couche: «Il y a le Rio d’avant les Jeux et le Rio d’après les Jeux.»

Un peu plus de six mois après la cérémonie de clôture des Jeux, le Rio d’après les Jeux a grise mise. A la lumière de l’actualité récente, les zones d’ombre apparaissent les unes après les autres sur le tableau global. Il n’y a guère plus que les souvenirs de la bonne ambiance générale et des performances sportives d’exception pour contraster l’image d’un grand gâchis. Au Brésil, les installations construites ou rénovées en vue de l’échéance olympique dépérissent, tandis que l’héritage social de l’événement est contesté. Et à la saudade locale se sont ajoutés depuis quelques jours des soupçons de corruption dès le processus d’attribution de la manifestation à Rio.

La ville de Rio a-t-elle obtenu l’organisation des Jeux olympiques 2016 à la régulière’ Le Monde a révélé en fin de semaine dernière que la justice française dispose d’éléments concrets mettant en cause l’intégrité du processus d’attribution. Elle soupçonne plus particulièrement des manoeuvres visant à acheter des votes. Transaction suspecte: trois jours avant le scrutin organisé le 2 octobre 2009 à Copenhague, Matlock Capital Group a versé 1,5 million de dollars à Pamodzi Consulting.

Derrière la première société: l’homme d’affaires brésilien Arthur Cesar de Menezes Soares Filho, connu pour ses excellentes relations avec Sergio Cabral, alors gouverneur de l’Etat de Rio, et aujourd’hui en prison pour corruption. Derrière la seconde: le Sénégalais Papa Massata Diack, l’un des fils de Lamine Diack, alors président de la Fédération internationale d’athlétisme et membre du CIO. La justice française a mis en examen cet ancien dirigeant pour corruption et blanchiment aggravé en novembre 2015 avant d’étendre l’enquête à son rôle dans l’attribution des JO 2016 et 2020.

Le comité d’organisation de Rio 2016 s’est défendu de toute irrégularité dans le processus d’attribution des Jeux. Papa Massata Diack, lui, a réfuté les accusations auprès de l’AFP, s’estimant victime d’acharnement. Il ne nie pas que sa société a reçu l’argent de Matlock Capital Group, mais affirme que l’entreprise brésilienne faisait partie des clients de la sienne.

Infrastructures sportives abandonnées

Ils ont accueilli dans le faste des centaines d’athlètes et des dizaines de milliers de spectateurs en août dernier; ils ne dépareilleraient pas dans les paysages urbains ravagés de la série The Walking Dead six mois plus tard. De nombreuses infrastructures sportives sont complètement à l’abandon depuis des semaines. Appelé à revaloriser des quartiers pauvres au nord de l’agglomération carioca, le site de Deodoro demeure fermé malgré une pancarte promettant sa réouverture en janvier. Le golf, créé spécialement pour les Jeux au milieu d’une réserve naturelle, est à l’abandon.

Même l’une des arènes les plus emblématiques est concernée: rénové pour 500 millions de dollars en vue du Mondial 2014 et des Jeux, le mythique stade de Maracana a été pillé de ses téléviseurs, il n’est plus alimenté en électricité, ses fauteuils ont été saccagés, son gazon (maudit) jaunit. Chaque cas particulier a son histoire, mais est relié aux autres par le même fil rouge: l’argent manque pour assumer les coûts d’entretien et de fonctionnement de ces infrastructures sportives. En crise, le Brésil, l’Etat et la ville de Rio ont d’autres priorités.

Mal famé par le passé, le quartier du port, à Rio, a été repensé autour du magnifique Musée de Demain et les Cariocas l’ont adopté comme un endroit agréable pour se promener. De nombreux observateurs reconnaissent également qu’en matière de transports publics, les chantiers réalisés en vue des Jeux ont permis d’améliorer l’offre dont bénéficient désormais les habitants. Mais pour le reste, Rio ne jouit pas de l’héritage des Jeux comme prévu. Certaines arènes devaient servir à construire des écoles; le projet est au point mort. Les 3600 logements du village olympique de Barra de Tijuca devaient profiter aux locaux; 240 seulement auraient trouvé preneur.

Dans les reportages des médias internationaux, habitants et universitaires déplorent la tournure des événements. Les organisateurs, eux, demandent un peu de patience. «La crise a rendu les choses beaucoup plus difficiles, a expliqué Mario Andrada, porte-parole du comité Rio 2016, au Monde. Il faut laisser le temps d’organiser les choses. Le village olympique de Londres est resté inoccupé pendant deux ans, le stade pendant quatre ans’»

Le projet d’une nouvelle édition des Jeux olympiques d’hiver en Suisse va de l’avant. Mardi, le comité exécutif de Swiss Olympic a affirmé son souhait de présenter la candidature de «Sion 2026, les Jeux au coeur de la Suisse». Il souhaite par ailleurs contribuer au tiers du budget de la candidature internationale (8 millions de francs). Ces décisions devront être validées par le Parlement du sport le 11 avril prochain. Aucune alternative n’existait depuis que le peuple grison a refusé de se lancer dans la course, mais encore fallait-il que la candidature romande séduise les décideurs; c’est chose faite.

Ses points forts: sa conception multirégionaliste, un budget crédible et l’utilisation à 77% d’infrastructures sportives déjà existantes ou planifiées hors du contexte du projet. De quoi éviter les fameux «éléphants blancs», ces constructions qui ne servent plus une fois les Jeux olympiques terminés. Enfin, après consultation d’experts internationaux, Swiss Olympic estime que les chances d’obtenir les Jeux sont bonnes, pour autant que la candidature soit bien pensée et innovante.

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