Sion 2026, un projet trop durable pour les Jeux olympiques’

Sion 2026, un projet trop durable pour les Jeux olympiques'

07. avril 2017 – 11:38

Le Valais pourrait accueillir les Jeux olympiques d’hiver en 2026.

(Keystone)

Malgr√© le non clairement affirm√© des √©lectrices et des √©lecteurs du canton des Grisons, la Suisse continue d’avoir de bonnes chances de rester dans la course pour les Jeux olympiques d’hiver √† la faveur de la candidature ¬ęSion 2026¬Ľ. Pour une fois, ce ne sont pas les droits d√©mocratiques qui pourraient constituer un obstacle majeur √† l’organisation du troisi√®me √©v√©nement sportif mondial, mais les responsables du Comit√© international olympique (CIO) eux-m√™mes.¬†

Une nouvelle √©ch√©ance se profile: le Parlement du sport de Swiss Olympics, organisation fa√ģti√®re des f√©d√©rations sportives, d√©cidera si oui ou non le comit√© olympique national lancera la derni√®re candidature suisse encore en lice dans la course aux jeux d’hiver pr√©vus dans neuf ans.

La candidature √©mane du canton du Valais et implique √©galement les cantons de Vaud, de Fribourg et de Berne auxquels s’ajoute le canton des Grisons les courses de bobsleigh auraient lieu √† St-Moritz. Rassembl√©s sous la banni√®re ¬ęSion 2026. Les Jeux au c’ur de la Suisse¬ĽLien externe, ces cantons ont pour objectif l’organisation de jeux d√©centralis√©s, √©cologiques et durables qui devront respecter les nouvelles recommandations du CIO, ent√©rin√©es en 2014 par l’organisation dans un programme de r√©forme intitul√© ¬ęAgenda 2020Lien externe¬Ľ. Apr√®s les jeux d’hiver de Sotchi et les jeux d’√©t√© de Rio en 2016, tous deux d√©sastreux sur le plan des droits de l’homme, de l’environnement et des finances publiques, le CIO a formul√© 40 dispositions visant √† √©tablir √† l’avenir des Jeux olympiques durables. Parmi celles-ci figurent explicitement ¬ęl’int√©gration des citoyennes et citoyens¬Ľ dans le processus.¬†

Outre une s√©rie d’autres recommandations relatives √† la transparence, √† la bonne gouvernance et √† l’autod√©termination, ce genre de grands √©v√©nements sportifs devra donc √† l’avenir se conformer √† des conditions d’organisation ¬ęd√©mocratiques et durables¬Ľ.¬†

Le CIO s’engage en faveur du ¬ędialogue citoyen¬Ľ’¬†

Lors de la pr√©sentation de ¬ęl’Agenda olympique 2020¬Ľ, le pr√©sident allemand du CIO, Thomas BachLien externe, avait expliqu√©: ¬ęChanger ou √™tre chang√©, telle est la question qui se pose ici¬Ľ. Et l’ancien champion olympique d’escrime encha√ģnait en faisant le serment que son institution, √† qui l’on reproche r√©guli√®rement d’√™tre arrogante et corrompue, souhaitait √† l’avenir s’engager en faveur du dialogue et respecter les lois. Presque trois ans apr√®s cette d√©claration solennelle de Bach, deux questions se posent: jusqu’√† quel point est-elle prise au s√©rieux par le CIO’ Et cette organisation non gouvernementale sise √† Lausanne et financ√©e gr√Ęce aux milliards de b√©n√©fices g√©n√©r√©s par les Jeux olympiques ne s’y prend-elle pas trop tard’

Car le processus d’attribution des jeux d’√©t√© 2024 s’av√®re une nouvelle fois bien difficile pour le CIO, comme cela l’a √©t√© pour les jeux d’hiver 2022, qui ont √©t√© attribu√©s √† P√©kin, la capitale chinoise. C’est √† dire la ville o√Ļ se sont d√©roul√©s les jeux d’√©t√© en 2008 et dont la r√©putation en tant que haut-lieu des sports d’hiver n’a pas √©t√© vraiment av√©r√©e jusqu’√† pr√©sent.¬†

Cette attribution √† l’Empire du Milieu est intervenue apr√®s le naufrage de nombreuses candidatures concurrentes sur l’√©cueil du r√©f√©rendum. Les citoyennes et les citoyens de la ville polonaise de Cracovie, de la ville allemande de Munich ainsi que du canton suisse des Grisons, par exemple, ont rejet√© ce grand √©v√©nement en bloc.

‘ et se tire une balle dans le pied

Seuls les √©lecteurs d’Oslo ont vot√© oui √† 55¬†% aux projets olympiques dans la capitale norv√©gienne. Mais le CIO s’est mis en travers de son propre chemin: les dirigeants de l’organisation ont torpill√© eux-m√™mes leur Agenda 2020 pourtant louable en soi. Et ce, par le biais d’un manuel de 700 pages imposant aux organisateurs locaux des conditions des plus surprenantes. Ainsi, la maison royale de Norv√®ge devait-elle organiser des cocktails pour les d√©l√©gu√©s du CIO. Ces derniers voulaient se rendre √† ces soir√©es joyeusement arros√©es ainsi qu’aux manifestations sportives en limousines avec chauffeur en empruntant des voies de circulations r√©serv√©es √† leur usage exclusif. C’est la raison pour laquelle, malgr√© l’accord de la population d’Oslo, le gouvernement norv√©gien a refus√© de fournir la garantie de couverture en cas de d√©ficit qui lui √©tait √©galement r√©clam√©e sonnant ainsi le glas de la candidature d’Oslo et l’arriv√©e des Chinois sur le devant de la sc√®ne.

Jusqu’√† pr√©sent, la situation n’est pas bien meilleure pour les candidatures aux jeux d’√©t√© 2024, qui s’annoncent encore plus on√©reux et dont le lieu sera d√©termin√© en septembre 2017 par le CIO. Boston, Budapest et Rome ont d√©j√† retir√© leur candidature apr√®s que des initiatives citoyennes ont r√©uni suffisamment de signatures pour un r√©f√©rendum. √Ä Hambourg, le gouvernement de la cit√©-√©tat a organis√© fin 2015 un pl√©biscite olympique et perdu √† 48,4 contre 51,6¬†% des voix. Ne restent donc √† pr√©sent dans la course que Paris et Los Angeles. Tandis que la r√©sistance commence √† s’organiser dans la capitale fran√ßaise par le bais de p√©titionsLien externe (il n’existe pas en France de d√©mocratie directe ni de droit de cod√©cision), Los Angeles est la seule ville √† disposer de conditions relativement bonnes pour pouvoir organiser les jeux selon les recommandations de l’Agenda 2020. Peut-√™tre m√™me trop bonnes, comme l’a soulign√© r√©cemment le journaliste am√©ricain Joe Mathews dans un article d’opinion sur SwissinfoLien externe.

Ainsi se pose donc √† pr√©sent la grande question de savoir si les Jeux olympiques ne pourront plus se d√©rouler √† l’avenir que dans des lieux ou pays o√Ļ des dirigeants autocrates n’ont cure (avec le consentement d’une majorit√© des d√©l√©gu√©s du CIO) des nobles objectifs de la durabilit√©. Ou bien se pourrait-il qu’olympisme et d√©mocratie, jumeaux antiques pass√©s directement de la Gr√®ce au monde moderne, renouent un jour l’un avec l’autre’¬†

Derni√®re tentative √† l’initiative de la Su√®de et de la Suisse

Les r√©ponses √† cette question viendront dans un avenir proche de deux pays parmi les plus d√©mocratiques au monde: en Su√®de, la capitale Stockholm candidate pour 2026 (conjointement avec les stations de sports d’hiver √Öre et Falun), en mettant explicitement l’accent sur la r√©alisation des objectifs de durabilit√© d√©mocratiques du CIO. Et en Suisse, la Suisse romande tente sa chance apr√®s le non √† 60¬†% des Grisons au r√©f√©rendum de mi-f√©vrier avec Sion au premier plan. Il s’agit de la quatri√®me tentative de la capitale valaisanne (apr√®s ses √©checs pour les jeux de 1976, 2002 et 2006).

Selon une enqu√™te publi√©e il y a quelques jours par le journal L’illustr√©Lien externe, les choses se pr√©sentent plut√īt bien: en Suisse romande, les deux tiers de la population soutiennent cette candidature. Mais cela ne signifie pas grand-chose: car premi√®rement, une enqu√™te d’opinion sur une question g√©n√©rale n’engage √† rien et a peu de choses en commun avec les implications d’une votation relative √† un projet de financement concret. Deuxi√®mement, la r√©gion n’a pas encore vraiment pris la mesure des exigences particuli√®res que les dirigeants du CIO pourraient vouloir imposer au Valais.

(Traduction: groupe de traduction de Zurich)

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