Spotify grandit pour tenir tête à Apple

Spotify grandit pour tenir tête à Apple

Tenir tête aux géants américains de la technologie et même se permettre de croître plus rapidement qu’eux: rares sont les sociétés européennes à prétendre à telle réussite. C’est le cas de Spotify. Alors que les Cassandre prédisaient des temps difficiles pour le service suédois de streaming (diffusion de musique en continu), avec le lancement d’Apple Music en juin 2015, Spotify est aujourd’hui en pleine croissance. Après ses débuts, cette semaine, sur le marché japonais, il pourrait même racheter son concurrent allemand Soundcloud pour consolider sa place de numéro un mondial.

Lancé en 2008, Spotify revendique aujourd’hui 100 millions d’utilisateurs, dont 40 millions payants, dans 60 pays à travers le monde. Les clients qui ne paient rien acceptent de la publicité et une qualité audio moyenne. Ceux qui payent (12,95 francs par mois en Suisse) peuvent écouter de la musique hors connexion et ont accès à l’entier du catalogue, fort de plus de 30 millions de chansons.

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Résistance face à Apple

Pour l’heure, le diffuseur suédois résiste à Apple. Début septembre, la marque à la pomme revendiquait 17 millions d’utilisateurs payant à son service de streaming. Entre mars et août, Apple a gagné 4 millions d’abonnés, alors que Spotify en raflait 9 millions durant la même période. La société européenne tient donc le choc et détiendrait aujourd’hui, selon plusieurs estimations, environ 40% du marché mondial du streaming payant. La société mise beaucoup sur l’archipel nippon pour maintenir son rang: «Le Japon est le deuxième marché mondial de la musique, où le streaming croît et nous espérons le faire grimper encore plus», a affirmé cette semaine Akira Nomoto, responsable de la négociation des droits pour Spotify.

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En avance sur Apple, Spotify devra tenir le choc sur la durée. Pour l’heure, la société basée à Stockholm n’a dégagé aucun bénéfice. En 2015, si son chiffre d’affaires a progressé de 80% pour s’établir à 1,95 milliard d’euros (2,15 milliards de francs), ses pertes demeuraient stables à 173 millions d’euros. Niklas Zennstrom, cofondateur de Skype et du service de streaming aujourd’hui disparu Rdio, résumait la situation ainsi cette semaine dans le «Financial Times»: «La grande question, sur le marché du streaming, est de savoir si vous pouvez demeurer indépendant sur un marché où se trouvent des sociétés telles Apple et Amazon qui acceptent de perdre de l’argent avec la musique, juste pour vendre davantage d’iPhones ou de haut-parleurs Echo (produit par Amazon, ndlr).»

Soundcloud aussi déficitaire

Pour tenir, Spotify serait tenté d’étendre son territoire. Cette semaine, le «Financial Times» affirmait que la société suédoise envisageait un rachat de son concurrent allemand Soundcloud. Fort de 175 millions d’utilisateurs, le service de streaming a lancé, en début d’année, un service d’abonnement similaire à celui de Spotify. Soundcloud, qui possède 125 millions de titres dans son catalogue, serait valorisé environ 630 millions de dollars après que Twitter a acquis récemment 11% de son capital.

Spotify, qui a levé en début d’année un milliard de dollars pour son développement, aurait a priori les moyens d’une telle acquisition. Même si sa cible est déficitaire, elle permettrait à la société suédoise de renforcer sa domination mondiale avant une possible entrée en bourse en 2017. Aujourd’hui, Spotify est valorisé environ 8,5 milliards de dollars.

Pandora casse les prix

Ces prochains mois, Spotify risque aussi de devoir observer d’autres concurrents. Son rival américain Pandora, fort de 78 millions d’utilisateurs, vient en effet de lancer un abonnement mensuel moitié prix à 4,99 dollars par mois aux Etats-Unis. Un tarif que Spotify risque de ne pas pouvoir suivre. Aujourd’hui, 70% de ses revenus sont redistribués aux artistes. La société affirme leur avoir reversé au total plus de 5 milliards de dollars. Mais certains, à l’image de Taylor Swift, estiment que recevoir 0.006 à 0.0084 dollars par chanson est insuffisant. La chanteuse américaine a protesté plusieurs fois contre sa rémunération, ne donnant accès à Spotify qu’à une partie de sa discographie.

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