Symphonie pour crayons et instruments, l’accord majeur

Symphonie pour crayons et instruments, l'accord majeur

L’improbable a eu lieu. La rencontre entre deux dessinateurs de presse, un orchestre symphonique, Beethoven, des tĂ©lĂ©visions et des personnalitĂ©s du monde politique avait quelque chose d’irrĂ©el. Mais la soirĂ©e organisĂ©e en faveur de la fondation suisse «Cartooning for peace» s’est dĂ©roulĂ©e en accord majeur.

Vendredi soir, dans un Victoria Hall bondĂ©, les camĂ©ras ont valsĂ©, l’Ă©cran gĂ©ant a offert une captation très originale de Chappatte, Plantu et l’OSR Ă  l’ouvrage en direct. Et les musiciens se sont donnĂ©s avec fougue sous la baguette Ă©nergique d’Antony Hermus.

En une cinquantaine de minutes, les quatre mouvements de «l’HĂ©roĂŻque» ont dĂ©filĂ© Ă  vive allure, car les dessins qui prenaient forme sous les yeux du public ont donnĂ© l’impression que le temps filait encore plus vite. Pourtant, après les discours du maire Guillaume Barazzone, de l’ex-secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations unies Kofi Annan, du journaliste Darius Rochebin et de la prĂ©sidente de la fondation de l’OSR Florence Notter, la cĂ©lĂ©bration aurait pu rester très officielle. La musique et le dessin ont rendu sa part d’Ă©motion et de surprise Ă  la soirĂ©e.

Chappatte s’est lancĂ© dans quatre dessins traitant du rĂ´le du dessinateur de presse (un crayon pointĂ© comme une arme contre un terroriste, un caricaturiste tranquille arrĂŞtĂ© devant des chars ou portraiturant le roi nu, et un parallèle entre sa libertĂ© d’expression et l’expression de la libertĂ© des musiciens dans Beethoven). De son cĂ´tĂ©, Plantu a rempli une seule page d’une foule de personnages sous le regard rĂŞveur de Beethoven. Cette expĂ©rience unique, pour l’un comme pour l’autre, restera gravĂ©e dans leur mĂ©moire comme dans celle des spectateurs.

Le dĂ©fi d’aller vite

Pour Chappatte, l’Ă©norme trac avant d’entrer sur scène s’est dissout devant la table a dessin. La performance rĂ©sidait dans des circonstances particulièrement difficiles pour lui. «Je mets environ deux heures pour un dessin dans le Temps. LĂ , le plus long devait se faire en dix minutes, et le plus court en deux fois moins… La grosse pression Ă©tait donc le timing.»

«C’Ă©tait une course, mais du coup aussi très marrant. Comme j’avais prĂ©parĂ© ce que je voulais dessiner, le fait de pouvoir laisser aller mon trait aux diffĂ©rentes impulsions de la musique Ă©tait grisant. J’ai utilisĂ© des techniques inhabituelles et plus rapides, comme les graphites, nĂ©ocolors, crayons et craies grasses pour pouvoir faire de grands gestes dans la vitesse, avec aussi des stylos et plumes Ă  encre.»

Se trouver immergĂ© dans l’orchestre l’a beaucoup impressionnĂ©. «C’Ă©tait magnifique d’avoir les trompettes dans les oreilles! En fait, je pensais que ce serait assourdissant. Mais on Ă©tait dans la symphonie et le son nous traversait le corps. Je me suis senti vĂ©ritablement portĂ©. DĂ©sormais, je voudrais bien avoir une symphonie et bĂ©nĂ©ficier d’un orchestre pour dessiner! Et le bonheur de voir une salle pleine et enthousiaste aura Ă©tĂ© particulièrement euphorisant. Après j’ai entendu la symphonie toute la nuit dans ma tĂŞte.»

De son cĂ´tĂ©, Plantu Ă©tait «mort de trouille depuis 6 mois, avec des tournicotis dans le ventre depuis deux jours.» Il voulait ĂŞtre «à la hauteur de l’attente.» Le moment le plus Ă©tonnant’ «J’ai dĂ©couvert la tension et l’agitation dans les coulisses avant le concert. Cinq minutes avant d’entrer en scène, j’ai eu envie de mettre des migrants dans mon dessin, avec des petites barrières douanières rouges et blanches. Et tout le monde sourd, sauf Beethoven.»

«Pendant le concert, j’Ă©tais Ă©videmment entraĂ®nĂ© par la musique. Mais Ă  la fois tellement dans mon dessin que c’Ă©tait comme si les musiciens autour de moi Ă©taient sortis d’un poste de radio pour m’accompagner.» Ce qui l’a le plus marquĂ©’ «La beautĂ©. De la musique, de l’orchestre, du son, du Victoria Hall. Et l’Ă©nergie tellement positive de tous.»

L’expĂ©rience ne devrait pas rester sans Ă©cho. «Je vois gros comme une maison que d’autres aventures de ce type refleuriront ailleurs. Dans l’annĂ©e qui vient, on devrait envisager quelque chose de similaire Ă  Mons avec l’orchestre de Wallonie et un dessinateur belge.»

La préparation:

 Lire:L’OSR va cartooner avec Chappatte et Plantu

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