Toujours déficitaires les barrages suisses n’arrivent pas à se vendre

Toujours déficitaires les barrages suisses n'arrivent pas à se vendre

Des barrages suisses aux mains des Chinois. Cette vision de cauchemar pour certains, d’espoir pour d’autres car le secteur va mal ne se matérialisera pas tout de suite. Alpiq, l’un des grands producteurs électriques du pays, a annoncé lundi que le processus de vente de ses ouvrages n’avait donné aucun résultat tangible en un an.

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Alpiq avait créé un choc en mars 2016 en annonçant la cession d’une partie des sociétés détenant ses barrages à des investisseurs, y compris étrangers, à hauteur de 49%. Des données chiffrées avaient été mises à disposition des investisseurs au sein d’une data room en août. L’entreprise annonçait ensuite que son offre avait suscité un grand intérêt. Et que les premières ventes pourraient être annoncées aujourd’hui, lors de la publication de ses résultats. 

Ouvrages en mains suisses

Mais ce lundi à Olten, siège de la société, la directrice exécutive Jasmin Staiblin s’est bornée à dire que le processus de vente se poursuivra aussi longtemps que nécessaire pour trouver des acheteurs à des conditions acceptables.

«On ne vendra pas ces ouvrages au-dessous de leur valeur, j’insiste là-dessus», a expliqué Jasmin Staiblin. Alpiq continuera à proposer aux investisseurs des participations minoritaires, car le contrôle ultime des barrages «restera en mains suisses», a-t-elle promis. 

Trois facteurs semblent expliquer l’échec, au moins temporaire, de l’opération de vente. Les prix de l’électricité en Europe restent bas et rendent la production électrique suisse non compétitive. Malgré un mois de janvier très froid et l’arrêt cet automne de plusieurs centrales nucléaires françaises, le prix moyen du megawatt-heure reste coincé entre 40 et 50 euros il en faudrait 55 à 65 pour que les barrages suisses couvrent leurs frais de production, selon un expert du secteur.

Second facteur, un arrêt du Tribunal fédéral rendu en juillet dernier a aggravé l’incertitude. Il oblige les producteurs à répercuter sur les consommateurs suisses, qui paient des prix fixes bien plus élevés que ceux du marché, les profits des importations de courant étranger bon marché. Plusieurs investisseurs auraient renoncé à la suite de cet arrêt.

Des investisseurs rebutés, dont Vaud

Troisième facteur, la structure proposée pour la vente a rebuté certains investisseurs. Alpiq propose une participation minoritaire de 49% maximum non dans les ouvrages eux-mêmes, mais dans une holding détenant des participations dans divers barrages (Grande Dixence, Emosson, Hongrin etc.). «Alpiq offre des actions, mais pas les ouvrages eux-mêmes, et tous les risques pour l’acheteur», critique une personne ayant eu accès au dossier de vente.

S’il achète une part dans une société détenant un barrage, l’investisseur doit s’engager à prendre le courant produit y compris à perte. Selon nos informations, le canton de Vaud fait partie des collectivités publiques qui ont renoncé à faire une offre dans ces conditions.

En revanche et c’était peut-être l’un des buts poursuivis l’offre de vente d’Alpiq a fait bouger le monde politique. A Noël, Christoph Blocher proposait de nationaliser les installations de production électrique en Suisse pour éviter qu’elles tombent en mains étrangères une idée qui séduit aussi l’égérie de l’aile gauche du PS Jacqueline Badran.

Plus généralement, c’est toute la branche électrique qui s’active aujourd’hui pour obtenir un soutien massif de l’Etat. Beaucoup plus massif, en tout cas, que les 600 millions de francs sur cinq ans promis par la Stratégie énergétique 2050.

Si ce texte est approuvé en votation le 21 mai, le puissant lobby hydroélectrique entrera immédiatement en action pour demander davantage. Et, à terme, une vraie réorganisation du marché électrique suisse, avec par exemple un prix garanti pour l’électricité renouvelable, hydraulique comprise. 

Alpiq a dégagé un bénéfice net de 294 millions de francs en 2016, après avoir enregistré une perte de 830 millions en 2015. Le résultat opérationnel brut (Ebitda) a atteint 778 millions de francs. Si l’on ne tient pas compte d’effets exceptionnels, il se monte à 395 millions, en recul de 17,7% sur un an. Le chiffre d’affaires a reculé en 2016 de 9,5% à 6,078 milliard de francs.

Compte tenu de la situation financière toujours tendue, le conseil d’administration propose à l’assemblée générale qui se tiendra le 18 mai de ne pas distribuer de dividende.

Le groupe s’est soumis ces derniers mois à une cure d’austérité en réduisant par exemple au minimum l’entretien de ses barrages. Il a ainsi réduit sa dette de 1299 milliards en 2015 à 856 millions cette année. 

A l’avenir, Alpiq entend se développer surtout dans la construction d’installations électriques complexes, dans les maisons intelligentes, les plateformes digitales de gestion du marché électrique et les petites unités autonomes de production d’électricité renouvelable. Des investissements que la vente partielle des barrages suisses déficitaires est censée financer. 

(ATS/LT)

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