Un duo violoncelle et piano très soudé

Un duo violoncelle et piano très soudé

Il fallait les voir s’amuser, dimanche en fin d’après-midi, à la fin d’un concert donné à La Chaux-de-Fonds. Gautier Capuçon a pris la parole face au public pour annoncer qu’il jouerait les Variations sur une seule corde sur un thème de Rossini de Paganini. Accompagné par Frank Braley, le violoncelliste a enchaîné les variations en s’arrêtant de temps à autre, entre deux phrases, pour surprendre et dérouter son comparse! Il a même resserré son archet en cours d’exécution, faisant le pitre après un programme très sérieux.

Des compagnons de scène depuis vingt ans

Jouant depuis de près de vingt ans ensemble (en trio, quatuor ou quintette, puis en duo plus récemment), Gautier Capuçon et Frank Braley forgent une belle entente. Il y a une fluidité entre ces deux musiciens qui viennent d’enregistrer l’intégrale des Sonates pour violoncelle et piano de Beethoven pour Erato. Profitant de l’acoustique claire et très chaleureuse de la Salle de Musique, ils ont fait valoir la beauté de leurs sonorités. Chez eux, rien n’est forcé. Tout coule de source avec une transparence qui reste très française, tout en se pliant au langage beethovénien qui réclame un certain tonus.

Tout commence avec la Sonate en fa majeur opus 5 No1. Les deux musiciens ménagent une tension dans la longue introduction lente. Le piano de Frank Braley (lequel s’impose dans cette sonate) se veut souple, fluide, puis délié et scintillant dans les nombreux traits rapides de l’«Allegro». On retrouve la belle sonorité de Gautier Capuçon, chaude, expressive, aux accents drus lorsque la musique le réclame. L’humour du «Rondo» final est très bien rendu par les deux artistes, avec des contrastes de caractère d’une section à l’autre.

L’univers sombre de Chostakovitch

Avec la Sonate en ré mineur op.40 de Chostakovitch, on entre dans un tout autre univers. Gautier Capuçon et Frank Braley exaltent la veine expressive et romantique du premier mouvement. Ici, leur jeu paraît moins acéré que chez certains interprètes russes qui cultivent d’emblée une esthétique très sombre et burinée. Le deuxième mouvement est remarquable de virtuosité, tandis que le long «Largo» central émeut par les climats désolés ainsi que par la splendide palette de nuances, jusqu’à des pianissimi magiques et détimbrés. Le finale est plein d’ironie mordante sans forcer le trait.

Beethoven équilibré

Retour à Beethoven, avec la Sonate en la majeur opus 69. C’est l’une des pages plus mélodieuses du compositeur, avec un parfait équilibre entre les deux instruments. Dès l’énoncé du thème principal au violoncelle seul, on est saisi par l’éloquence de Gautier Capuçon. Le violoncelliste varie subtilement la reprise et engage un beau dialogue avec son partenaire. Frank Braley fait ressortir les accents et contretemps dans le «Scherzo», tandis que le finale respire une bonhomie enjouée. Cette uvre leur va comme un gant. Du reste, le public les a chaleureusement applaudis. 

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