Un homme d’affaires à la tête de la Gambie

Un homme d'affaires à la tête de la Gambie

Lors de l’élection présidentielle de jeudi 1er décembre, le peuple gambien a accordé 45,5% des suffrages au promoteur immobilier Adama Barrow. Le président actuel Yahya Jammeh, au pouvoir depuis un coup d’État réussi en 1994, n’a recueilli que 36,7% des voix malgré un fort soutien des zones rurales. Un troisième candidat issu du parti présidentiel a obtenu 17,8% des voix dans un scrutin qui a mobilisé deux tiers de la population en âge de voter.

«Le résultat de l’élection présidentielle est une vraie surprise, qui peut laisser croire à une réforme structurelle des institutions, reconnaît Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) en charge de l’Afrique. Attendons tout de même de voir si l’armée appuie le processus de transition. Il est rare qu’un chef d’État détenant tous les pouvoirs pendant une période si longue renonce au pouvoir aussi facilement que Yahya Jammeh semble le faire.»

Déliquescence de la justice et de la société civile

En vertu d’un accord avec les partis d’opposition qui lui a permis d’être désigné candidat unique, Adama Barrow n’ira pas au bout du mandat de cinq ans prévu par la constitution. Son gouvernement ne disposera que de 3 ans pour obtenir des résultats. Il devra ensuite organiser une nouvelle élection. Dans un entretien avec RFI publié dimanche, Adama Barrow a reconnu l’état de déliquescence dans lequel se trouvent aussi bien le système de justice que la société civile. Le prochain chef d’Etat a toutefois refusé d’incriminer directement Yahya Jammeh. «Il a été président pendant 22 ans. De toute évidence, il y a certaines choses qu’il peut nous apprendre», a déclaré Adama Barrow avant d’affirmer sa volonté de renforcer les liens avec ses partenaires régionaux.

«Le pays entretient des relations conflictuelles avec son voisin sénégalais, rappelle Philippe Hugon. En outre le nouveau président devra composer avec la Guinée-Bissau, un narco-Etat dont les trafiquants pourraient profiter d’une phase de relative confusion en Gambie pour s’y implanter.»

Economie moribonde

Adama Barrow, qui promet «une nouvelle Gambie» à ses concitoyens, aura également fort à faire pour sortir son peuple de la misère. La Gambie est parmi les pays les plus pauvres du continent africain. 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté, et un tiers avec moins d’1,25 dollar par jour. Le tourisme, premier employeur de l’économie formelle, a été fortement touché par l’épidémie d’Ebola en 2014 et 2015. Autre chiffre éloquent: l’argent envoyé par les Gambiens travaillant hors du pays représente environ 20% du PIB national.

«Les qualités d’homme d’affaires d’Adama Barrow en font l’homme idéal pour mener une politique de relance économique efficace, explique Philippe Hugon. Ce statut peut également lui permettre de dépasser les clivages ethniques et partisans, cruciaux en Afrique. C’est ce que semble faire par exemple le magnat du coton Patrice Talon, élu lui aussi cette année à la présidence du Bénin avec un statut d’indépendant.»

Le risque d’une telle présidence’ Une collusion entre intérêt public et intérêt privé. Les Gambiens se souviendront peut-être de Marc Ravalomanana (président de Madagascar de 2002 à 2009 et chassé du pouvoir notamment pour ses conflits d’intérêts) au moment d’introniser leur nouveau chef d’Etat.

Laisser un commentaire