Un livre célèbre l »uvre méditative de Claire Nicole

Un livre célèbre l''uvre méditative de Claire Nicole

Sur la première double page du livre, les bras ouverts de l’artiste semblent vouloir embrasser le monde et accueillir tout arrivant, le lecteur en l’occurrence. Rien de contradictoire pourtant avec la posture de retrait adoptée par Claire Nicole, qui travaille le mieux, selon ses propres dires, dans l’espace de son atelier ouvert sur le jardin, en marge de la scène artistique, des tendances et des disputes. L’écriture ronde, un peu enfantine, de la signature apporte de la fraîcheur aux compositions abstraites et aux harmonies «de terre et d’ombres», suivant les mots d’Alexandre Voisard.

Elève de Jaques Berger et d’Albert Yersin à l’Ecole des beaux-arts de Lausanne, l’artiste vaudoise inscrit son travail graphique et pictural plus graphique que pictural d’ailleurs, puisqu’elle prise avant tout les supports de papier, toutes sortes de papiers, et qu’elle a une fois pour toutes rejeté la peinture à l’huile, médium trop lourd et trop épais sous l’égide d’Albert Chavaz et de Gérard de Palézieux, peintres du silence.

Structure diffractée

A travers différents textes, qui relèvent de la conversation, de l’évocation, de l’analyse, de différents auteurs, outre Alexandre Voisard, Antonia Nessi, Silvio Corsini et Françoise Jaunin, la monographie qui paraît aux Editions Till Schaap/Genoud rend justice à une uvre toute de retenue, dont la structure géométrique, au fil du temps, s’est diluée, diffractée, pour atteindre, par exemple, ces larges signes tracés au noir de vigne ou au pastel sur papier, qui doivent moins à la calligraphie orientale qu’à une vision et une tension intérieures, ou ces sortes de galets épars sur la page, ou encore ce magnifique nuage dont le noir n’est qu’apparent, puisqu’il porte en soi des motifs plus foncés.

Dans la gravure, et dans le livre d’artiste, en connivence avec les poètes (dont Anne Perrier et François Debluë) et avec la complicité de l’imprimeur Raymond Meyer, le goût des mots rencontre le goût de l’expérimentation, expérimentation sur l’image et sur les matières, pour aboutir à des objets à voir, à lire et à soupeser. Les travaux anciens ne sont pas moins intéressants que les récents, telles ces suites gravées, qui portent le nom de leur dominante chromatique, «Suite noire», «Suite rouge», et ouvrent une fenêtre sur une entité mystérieuse qu’on appellera l’ailleurs, un ailleurs aux teintes exceptionnellement douces, qui apparaît désirable.

«Claire Nicole», textes d’Alexandre Voisard, Françoise Jaunin, Antinia Nessi, Silvio Corsini. Editions Till Schaap/Genoud, 304 p.

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