Une relève politique sacrifiée 

Une relève politique sacrifiée 

Heureux le peuple vaudois, dont tous les magistrats sont excellents et indispensables. Selon le scénario le plus vraisemblable, les sept conseillers d’État sortants seront candidats en avril prochain à un nouveau mandat, avec de raisonnables chances d’être élus.

Le seul à ne pas avoir encore révélé ses intentions est le président socialiste Pierre-Yves Maillard, mais il n’y a guère de doute dans son parti qu’il ne soit lui aussi candidat à sa propre succession.

Sept ministres sortants pour sept places, qui dit mieux’ A cette situation exceptionnelle, peut-être même sans précédent, s’ajoute la prétention de longévité affichée par certains candidats.

Au printemps prochain, Philippe Leuba et Jacqueline de Quattro seront aux affaires depuis dix ans, Pierre-Yves Maillard depuis treize. En se représentant en 2017, Anne-Catherine Lyon et Pascal Broulis revendiquent potentiellement un règne de 20 ans.

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Certes, le dernier mot n’est pas dit. Certains concurrents socialistes pourraient se dresser contre les prétentions d’Anne-Catherine Lyon à un 4e mandat. De gauche comme de droite, les blocs seront peut-être tentés d’élargir leurs listes de candidats au-delà d’un nombre légitime de sièges, seule façon de redonner du dynamisme à l’élection du printemps prochain. A vérifier.

Dans l’immédiat, le manque de choix offert aux électeurs se double d’un message négatif adressé à la relève: elle peut attendre. Cette relève est pourtant bien présente. Le PS dispose de plusieurs papables, des femmes, mais à droite aussi la jeune génération fait antichambre.

Cette situation regrettable relève pour partie d’un effet d’entraînement. Le canton de Vaud s’est habitué à la paix politique identifiée au couple Broulis-Maillard. Chaque camp redoute à tort ou à raison que le départ de son champion ne compromette cet équilibre à son détriment. Face à ce tandem incontesté, le départ de la moins populaire Anne-Catherine Lyon restait le seul espoir que la prochaine élection ne soit pas complètement fermée.

Mais la ministre de la formation ne voit pas en quoi elle serait moins précieuse que ses collègues masculins. Elle justifie son choix par l’explication typique de ceux qui ne veulent pas partir: elle est la meilleure pour le job. Pour humaine qu’elle soit, la volonté de s’accrocher se heurte aux nécessités de la politique, qui a besoin, pour vivre et pour attirer, de mouvement, de renouvellement, d’intégration des jeunes.

Certains cantons garantissent cette mobilité en limitant le nombre de mandats dans leur constitution. Les partis n’y courent au moins pas le risque de désavouer leurs principes lorsqu’ils en ont à la première occasion. Il devrait y avoir aussi chez les politiciens occupant les plus hautes fonctions une responsabilité individuelle à favoriser leur relève. Et, pour l’autorité qu’ils composent, un engagement collégial à prendre en compte cet impératif.

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